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Ascencion du Mont-Blanc

Auteur : Anne Giddey |  3373 visites | En ligne : 17 avril 2009

Témoignage de l’ascencion du Mont-Blanc en sept 2000 par Anne Giddey membre du groupe"News Sep" en Suisse nous parle de la découverte de sa maladie et raconte son ascencion du Mont-Blanc avec ses joies et ses peurs.

Mes premiers symptômes remontent à 1992 : des fourmillements dans la main gauche, qui s’étendirent ensuite à la main droite, puis aux bras et au thorax, jusqu’aux pieds. Je devenais pratiquement hémiplégique. Le mal progressait. Je dus me rendre à l’hôpital, où l’on m’apprit que j’avais une inflammation de la moelle épinière ! Je demandai au neurologue qui me suivait ce qu’il entendait par là, terrifiée. Il me répondit que j’étais atteinte d’une sclérose en plaques.

J’eus l’impression que le sol s’effondrait sous mes pieds : je ne parvenais pas à y croire. Il est vrai que ma mère était également atteinte par cette grave maladie. Mais de là à être également concernée !
Commença alors une corticothérapie que je dus rapidement abandonner, ne supportant pas la cortisone. Malgré une décompensation psychique, je parvins tout de même à récupérer physiquement. En 1996, j’eus à nouveau une poussée sous forme de névrite optique. Je me mis à sérieusement déchanter : je ne faisais donc plus partie des malades qui ne connaissent qu’une seule poussée. En 1997 et 1998, survinrent de nouvelles poussées : j’avais décidément l’impression que les épisodes inflammatoires devenaient annuels. Mon psychisme se fragilisa : je devins depuis lors hyper-émotive.

Aujourd’hui, les seules séquelles physiques de ces multiples poussées sont des engourdissements au niveau des pieds et des mains.
Fin 1998, je pris la décision d’écrire tout ce qui me passait par la tête, trouvant dans l’écriture une forme de thérapie. Je fis la connaissance de Kurt, avec qui je créai New SP....
Kurt, ancien professeur de lycée professionnel, me proposa en 1999 d’accomplir un projet fou : gravir le Mont-Blanc en septembre 2000, en compagnie d’enseignants et de jeunes apprentis âgés de 17 ans. Il me confia que cela nécessiterait sans doute une année d’entraînements : soit dix courses en haute montagne durant 4 heures à 8 heures, avec une montée progressive à des altitudes de plus en plus élevées.

Ma première réaction fut de penser que je ne serais jamais capable d’accéder au sommet. Je promis toutefois à Kurt d’essayer, en participant au moins aux premières courses.
Pleine d’entrain, je fis la connaissance des enseignants et des élèves.

Nous en profitâmes pour associer New SP au lycée d’enseignement professionnel pour un parrainage. Le produit du parrainage serait versé au profit de l’association SEP.
Cette association donnait un sens à la marche de ces jeunes, et elle me motiva.

Au départ, nous étions 4 personnes diagnostiquées SEP à partir à l’aventure. Malheureusement, les 3 autres personnes durent rapidement abandonner pour des questions de fatigue.

La première course consistait à rejoindre le gîte de Balmat en 6 heures de marche à 2 800 mètres d’altitude, avec 1 400 mètres de dénivellation. Ce jour-là, il pleuvait, ce qui rendait cette ascension d’autant plus difficile. Je devais monter très haut mes jambes, ce qui nécessitait beaucoup d’efforts et de concentration pour que l’extrémité de mes membres engourdis ne me fasse pas défaut à un moment inopportun. Heureusement, je n’étais pas seule, et je savais que je pouvais compter en cas de besoin sur la bienveillance de mes co-équipiers.

Je continuai mon entraînement avec toujours autant d’enthousiasme, jusqu’à ce qu’une poussée de sclérose en plaques me cloue à l’hôpital en décembre 1999. A peine remise, je fis à nouveau une poussée, plus grave encore que la précédente, en mars 2000, avec la nécessité de recourir à de la cortisone. Je me mis alors à décompenser psychiquement, et j’eus envie d’abandonner le projet qui m’avait soulevée d’enthousiasme.

Deux enseignants de l’école me rendirent visite à l’hôpital en espérant m’en dissuader. Ils me poussèrent à poursuivre l’entraînement que j’avais commencé, en arguant du fait que je restais à leurs yeux un membre à part entière de l’équipe. Très émue par leur démarche, je me ravisai : bien que j’eusse manqué quatre courses, l’envie de participer à une telle entreprise et la conscience que d’autres malades n’avaient plus la chance de marcher furent les plus fortes.

Au mois de mai 2000, j’entrepris une course de 6 heures de marche à une altitude moyenne de 1 700 mètres dans le massif du Jura.
Fin juin, en revanche, la course s’annonçait difficile : il fallait atteindre les 4 000 mètres. J’appris alors à chausser crampons, baudriers, cordes, mousquetons, piolets… Il me fut particulièrement pénible de marcher avec des crampons, sous un vent à 80 kilomètres heure, mais je parvins tout de même au sommet. Nous étions en tout une cinquantaine de personnes. Dans la cordée, nous étions 4. Nous atteignîmes le sommet au nombre de 2, les 2 autres ayant abandonné en cours de route. Je sentais que j’avais la force de le faire, et que cet effort ne serait pas pour moi un acte kamikaze. La redescente fut néanmoins éreintante : je devais sans arrêt freiner avec mes jambes, et celles-ci me lâchèrent à plusieurs reprises.

Ce succès me donna des ailes pour le dernier entraînement qui devait avoir lieu le 2 septembre 2000. Il s’agissait de gravir le Mont-Blanc du Tacul qui culmine à 4 200 mètres. Cela dit, j’hésitai pendant un temps : j’avais peur de prétériter le groupe. Il ne faut pas oublier qu’une ascension est avant tout un travail d’équipe.

Le jour de ce dernier entraînement, le vent soufflait à 80 kilomètres heure, et il faisait -10°C (soit une température effective en plein vent de -30°C). Nous montâmes en téléphérique jusqu’à 3 800 mètres. Nous redescendrions au terme de la course par le même téléphérique. Je savais que nous aurions auparavant une dénivellation de 1 000 mètres à franchir.

Ces conditions climatiques me firent penser que j’étais inconsciente de m’être aventurée dans une telle escapade. Heureusement, mon mari m’accompagnait, ainsi que mon guide.

A un moment donné, nous dûmes traverser une crevasse : j’étais littéralement terrorisée. J’avais l’ineffable sentiment que je mettais ma vie en danger. Comme je me trouvais au milieu de la cordée et que cette traversée était indispensable, je me mis à pousser impulsivement un cri de samouraï pour m’encourager ! La crevasse était désormais derrière moi.

Nous arrivâmes finalement au sommet, ou presque : à 4 000 mètres, nous dûmes en effet renoncer à gravir les derniers 200 mètres, car il était déjà très tard.

La redescente fut une nouvelle fois éprouvante : les descentes ne me convenaient décidément pas, car mes jambes lâchèrent à nouveau. Tel un pantin, mon guide et mon mari me soutenaient pour éviter une chute.

Cette situation dura quelques temps, durant lesquels je riais nerveusement. Mais cette euphorie fut passagère : en effet, la crevasse qui m’avait paralysée d’effroi à la montée devait à nouveau être traversée. Ce fut fait malgré une visibilité restreinte et mon entêtement à ne pas suivre les recommandations de mon mari.

Malheureusement nos traces avaient été effacées par le vent puissant qui soufflait : nous ne savions plus par quelle voie nous étions parvenus jusqu’ici. Alors, un véritable désarroi me saisit : j’eus le sentiment très prégnant que j’allais certainement mourir. Cette appréhension ne dura pas : la vue du Mont-Blanc, magnifique et unique, me fit dire qu’une telle mort serait belle, et que peu de malades avaient la chance de pouvoir voir de leurs yeux un pareil spectacle. Ce sentiment ne me quitta plus jusqu’à la fin de la course : je marchais et regardais pour eux.

5 jours après, vînt le grand jour. A 10 heures du matin, nous prîmes le téléphérique de Chamonix jusqu’à 2 400 mètres d’altitude. Une dénivellation de 1 400 mètres nous attendait cette fois, dans " le couloir de la mort ", où les chutes fréquentes de pierre obligent ceux qui l’escaladent à porter un casque.

Les organisateurs avaient jugé important, pour ne pas prétériter le groupe, que je dispose d’un guide pour moi seule. D’ordinaire, on dispose en effet d’un guide pour deux personnes.

Je suivis mon guide de près afin de me donner confiance. Nous arrivâmes au Refuge du Goûter, perché à 3 800 mètres d’altitude, vers 15 heures. Mes derniers pas avant d’y accéder furent particulièrement laborieux, car je devais lever très haut mes jambes.

Parvenue à ce stade, je fus à nouveau prise d’une sorte de terreur : il faisait extrêmement froid et je grelottais. Je m’installai avec mes 48 autres congénères dans un dortoir prévu pour 40 personnes. Après un bon bouillon pour mettre fin à mes tremblements, j’allai me coucher vers 22 heures. A 23 heures, je dus toutefois me lever pour aller aux toilettes (j’ai également des problèmes de vessie). Mais le parcours pour aller aux toilettes relevait à lui seul du défi : il fallait passer une couche de verglas, descendre un escalier en métal, en pleine nuit. J’allumai ma lampe de poche, chaussai mes charentaises trop grandes pour moi, et me dirigeai vers les fameux vestiaires. Une fois revenue, craignant à nouveau une panique, je pris un calmant et me réveillai le lendemain matin à 3 heures 15 pour reprendre la course et surprendre le levé du soleil.

Mon ambition avait été jusque-là d’atteindre uniquement le Refuge du Goûter. Mais prise par la dynamique du groupe, je décidai de suivre mon guide plus haut. Nous étions tous armés d’une lampe frontale et moi j’étais débarrassée de mon sac de 10 kilos. Nous franchîmes ainsi le Dôme du Goûter : le paysage était tout simplement magnifique.

A 7 heures, nous finîmes par accéder au Refuge Vallot, perché à 4 400 mètres d’altitude. Je pris la décision de m’arrêter là, avec l’accord de mon guide. J’étais très inquiète à l’idée de devoir redescendre. Sur 120 personnes qui étaient parvenues au refuge du goûter, 43 (appartenant à notre groupe) réussirent à atteindre le sommet. Je n’avais donc rien à regretter.

Lors de notre retour au Refuge du Goûter, mon angoisse s’accroissait, par anticipation des difficultés que nous allions rencontrer pour redescendre. Mais une fois arrivés au Refuge, mon guide prit son téléphone portable et demanda à un hélicoptère de venir nous chercher : ce fut un extraordinaire soulagement pour moi.

Une fois dans l’hélicoptère, les larmes me vinrent immédiatement aux yeux : je regardai le Mont-Blanc, majestueux et rayonnant, et murmurai : " Merci la vie ! ".

Je voulais vous dire à travers ce témoignage qu’il est important de nourrir en soi un projet (sportif, culturel, intellectuel ou spirituel) enthousiasmant, qui soit réalisable. Cette expérience m’a appris à ne pas me faire du souci à l’avance car il existe toujours des solutions aux problèmes qui nous semblent un temps insurmontables. Un jour, nous pouvons faire deux pas en arrière, mais le lendemain, nous pouvons aussi en faire trois en avant. Ce sont l’entraide et le groupe qui rendent certaines solutions possibles.

Merci Anne

 

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